LA VILLE D’HIVER de Dominique Bona

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Consciente d’être parvenue à un tournant de sa vie, Sarah a trouvé refuge dans une villa de la Belle Époque, sur les hauteurs d’Arcachon. La maison, à la chaleur de serre, la fascine. Entourée d’un paysage délavé de gris, Sarah se prend à rêver des passions et des fièvres dont la ville a été jadis le théâtre. Quel mystère hante la villa Teresa ? Un poète italien du siècle dernier, une Russe à la beauté inquiétante, un bibliophile expert en curiosa érotiques, une adolescente anorexique vont danser autour d’elle une ronde perverse. Du présent où l’attend un nouvel amour ou du passé si puissant, lequel va triompher ?

Voici une lubie que je n’ai toujours pas réalisée , dormir un soir dans la ville d’hiver à Arcachon, ce lieu ayant toujours été source d’attraction, d’aspiration aux rêveries d’une vie d’antan. Avec ce roman, nous voilà plongés dans les amours romanesques du poète Gabriele d’Annunzio, qui s’installa au Moulleau, pour échapper à la passion dévorante de la sublime Goloubeff. Incandescente amoureuse , dont les seins sublimes furent sculptés par Rodin, et qui escalade les grilles de la villa pour exhorter Gabriel à la rejoindre, jetant la stupeur et la colère dans le quartier chaste de l’époque. Quel plaisir de voguer entre ses personnages, Romaine Brooks, l’amante américaine au corps de garçon, le poète d’Annunzio ,volubile dans l’amour, Natalia la sensuelle comtesse russe qui finit ruinée dans les rues parisiennes, Teresa la sublime tuberculeuse et son amoureux éploré Horus. Faire revivre la Belle Époque d’Arcachon, voilà le talent de ce roman. Amis bordelais ou amoureux du bassin d’Arcachon, laissez vous tenter par la magie des lieux !

LA TÊTE DANS LE CARTON À CHAPEAUX de Mark Childress

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Elle a du caractère la tante Lucille ! Et quand elle veut quelque chose, rien ne l’arrête. Ce qu’elle veut c’est devenir actrice. Malgré ses six enfants et Chester, son plouc de mari qui n’arrête pas de se moquer d’elle et de l’humilier.

Un beau jour, elle tue son mari, abandonne ses enfants et fonce vers Hollywood au volant de sa Ford, avec sur le siège arrière, la tête de Chester découpée au couteau électrique.

Une histoire hilarante qui a inspiré le film d’Antonio Banderas.

L’auteur nous embarque dans une histoire pleine de suspense et d’humour avec des personnages très décalés et une peinture très drôle de la société américaine. C’est également et surtout un road trip à travers les États-Unis avec en toile de fond, la lutte de la communauté noire pour ses droits civiques à cette époque. J’ai lu ce roman avec amusement et j’ai passé un agréable moment. A lire de toute urgence…

LE JARDIN FORTERESSE de Claude Pujade-Renaud

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En 400 avant Jésus-Christ, les trois filles du tyran Denys de Syracuse s’épanouissent dans un jardin luxuriant, bordé de remparts qui, à leur adolescence, vont dissimuler une réclusion incestueuse.

Elles sont trois petites filles du plus haut lignage, issues des deux mariages du tyran Denys de Syracuse. Leur vie quotidienne est rythmée par les récits et par les jeux, par l’apprentissage des mythes et de la musique, par l’admiration pour leur père et par la lointaine rumeur du monde des hommes qui parfois monte, troublante, enivrante, d’au-delà des remparts, portée par le vent de la mer. Car ce jardin d’Éden dans lequel elles grandissent est cerné de murailles, dressées sans doute pour leur protection, leur quiétude ou… Leur réclusion ?

Peu à peu, en effet, la belle ordonnance du jardin est brisée et les lois de l’inceste métamorphosent en tragédie cette chronique familiale.

Ce roman m’a permis de découvrir un auteur, Claude Pujade-Renaud, que je ne connaissais que de nom et dont j’ai beaucoup aimé la plume élégante et très évocatrice qui m’a tout de suite transporté à Syracuse, dans ce jardin merveilleux qui sert de cocon aux trois filles du tyran Denys. L’intrigue est digne des plus sombres tragédies grecques avec son lot de drames familiaux, d’aventures amoureuses, de morts violentes, de complots politiques et d’affrontements idéologiques. Guerre, suicide, meurtre, inceste, viol… On n’échappe à rien des pires atrocités que peut commettre l’homme et pourtant le texte reste étonnamment empreint de sérénité et de sensualité.

C’est également le destin de trois femmes, trois soeurs… Depuis leur enfance surprotégée dans le palais de leur père jusqu’aux années de maturité où elles ne peuvent plus compter sur personne, pas même sur leurs mères et encore moins sur leur père qui les offre en récompense à ses plus fidèles soutiens, son fils et ses frères, pour devenir leurs épouses.

Le texte est ponctué de récits tirés de la mythologie grecque qui apparaissent comme autant d’avertissements pour les trois jeunes filles qui devront affronter un destin que l’on sent marqué par la fatalité dès les premières pages du roman. Enfin, le lecteur croise au fil des pages des philosophes (Platon, Aristippe de Cyrène, Dion de Syracuse…). Illustration parfaite du fossé qui sépare l’idéalisme politique des penseurs et le despotisme caractérisant les dirigeants dès qu’ils s’emparent du pouvoir.

TIMEPORT CHRONOGARE 2044 de Kévin Bokeili

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En 2044, le voyage dans le temps et le tourisme à travers l’Histoire connaissent un extraordinaire essor… Pour déjouer tout complot qui risquerait d’altérer le cours de l’Histoire, le THIB, l’agence fédérale chargée de la sécurité historique, fait confiance à une étonnante famille, les O’Hara Brinkstone, qui accomplit avec brio toutes les missions qui lui sont confiées.

D.D. Barmigton réussit à convaincre Patrick, son fils adoptif, historien et fervent opposant à la démocratisation des voyages dans le temps, à entreprendre un périlleux voyage vers l’an 2005. Mieux encore, le chef suprême du THIB réussit à enrôler Jessy, épouse de Patrick et pilote de capsule de voyages dans le temps, pour seconder son mari dans l’enquête qu’il doit mener dans ce passé où les recherches, devant permettre à la science d’éradiquer les maladies virales quelques années plus tard, avaient disparu.

Pour passer inaperçu, le couple embarque ses trois enfants dans ce lointain passé où, adolescente et fashion maniaque, Mary, l’aînée, voit d’un mauvais œil les habits largement passés de mode qu’elle se voit forcée de porter. John, son frère cadet, habitué à enfourcher des mobylettes volantes allant à plus de 600 km/h est tout aussi peu enthousiaste à débarquer dans ces contrées reculées où les véhicules les plus rapides atteignaient péniblement la moitié de cette vitesse. Inka, la petite dernière, quoique les antiques ordinateurs de cette année étaient moins performants qu’une machine à coudre dans son époque d’origine, s’y habitue rapidement et ne tarde pas à trouver la première piste d’une bien étrange enquête.

Premier roman de science-fiction d’une longue série, Timeport se lit très facilement. À conseiller aux grands enfants ou aux adolescents. Les personnages sont attachants. L’intrigue est bien ficelée !

 

L’ENFANT DE BRUGES de Gilbert Sinoué

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Bruges, 1441. Arborant un air mystérieux, l’index posé sur les lèvres, Jan Van Eyck avait chuchoté :  » Petit, il faut savoir se taire, surtout si l’on sait… « . Qui pouvait se douter alors que, derrière la recommandation du maître flamand, l’un des plus grands peintres de l’histoire de l’art, se cachait le Grand Secret ?

À travers les brumes de Flandre et la luminosité éclatante de la Toscane, un enfant de treize ans va se retrouver confronté à une effroyable conspiration. Un monde occulte, plein de ténèbres qu’il lui faudra affronter avec l’innocence pour toute arme. Pourquoi veut-on sa mort ? Que sait-il qu’il n’aurait jamais dû connaître ? Pour quelle raison des peintres de génie, des apprentis, des orfèvres, des penseurs, des architectes sont-ils la cible de meurtriers invisibles ? Quels sont les liens mystérieux qui les relient entre eux et les poussent insensiblement au bord de l’abîme ?

Autant de questions auxquelles l’enfant de Bruges devra s’efforcer de répondre s’il ne veut pas disparaître à son tour dans la nuit.

A travers le parcours de ce fils de Van Eyck, Gilbert Sinoué offre une belle fresque historique dans la Flandre du XVème Siècle. On y trouve tous les ingrédients du roman à suspense : conspirations, secrets, assassinats, menaces… Le tout dans une époque qui nous permet de côtoyer un grand peintre flamand dans son cadre de vie, et par là, de contempler son travail alors qu’il réalisait les oeuvres qui sont arrivées jusqu’à nous. On apprend ainsi la manière dont les peintres apprêtaient leurs couleurs en fonction de l’effet désiré, ce autour de quoi tourne l’intrigue du roman.

Comme dans la Jeune Fille à la Perle de Tracy Chevalier où on approche Vermeer, l’auteur nous offre ici la possibilité d’admirer un de ses grands prédécesseurs.

ENQUÊTE DANS LE BROUILLARD d’Élizabeth George

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Le sergent Barbara Havers est résolument laide et revêche et bien décidée à le rester. Elle adore son boulot mais l’idée de faire équipe avec l’inspecteur Lynley, un ancien d’Eton, pur produit de l’aristocratie britannique, lui est insupportable. Un type qui prétend travailler à Scotland Yard pour se rendre utile à la société, au lieu de vivre sur ses terres ! Mais les querelles de ce couple inattendu cessent vite devant l’atrocité d’un crime qu’ils sont chargés d’élucider.

Dans un paisible village de Yorkshire, on a trouvé le corps sans tête de William Teys, paroissien modèle. A côté du cadavre, une hache et une grosse fille qui gémit: « C’est moi qui ai fait ça et je ne le regrette pas. » L’épouvante ne fait que commencer.

C’est avec ce roman que je découvre Elizabeth George et ça tombe plutôt bien puisqu’il s’agit de son premier roman et qu’ainsi j’ai pu assister à la rencontre entre ses deux héros, flics assez atypiques de Scotland Yard. Autant vous dire que j’ai succombé. Pour les personnages principaux bien sûr, avec leurs réparties qui font mouche et leur propension à dissimuler aussi bien leurs blessures que leurs qualités. Une campagne anglaise plus vraie que nature. Tout y est : le brouillard sur la lande bien sûr, le manoir élisabéthain , le fantôme, et en prime quelques pointes d’humour savamment distillées. Avec des références à la littérature anglaise, à la musique classique, à la peinture, Elizabeth George élève le niveau mais c’est pour mieux nous faire retomber, quelques lignes plus loin, dans la fange humaine la plus sordide.

Autant vous dire que je ne vais pas en rester là et que je vais m’empresser de lire la suite des « aventures de Havers et Lynley ».

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VILLA TRISTE de Patrick Modiano

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Quand ils passaient la nuit à la Villa triste, Yvonne et Victor (enfin c’est l’identité qu’il avait choisi cet été-là) s’efforçaient de ne pas remuer du tout. Mais on sent bien que la sérénité n’était qu’un leurre. Des années après, le narrateur retourne dans la ville d’eaux et invoque, par intermittence, le souvenir nostalgique et lucide de sa relation avec Yvonne, des gens qui gravitaient autour d’eux. En particulier des extravagances de René Meinthe, fantôme qui nous guide dans les rues aujourd’hui endormies… Mais ce qui ressurgit avant tout, c’est l’angoisse inexplicable de Victor, qu’il avait espéré apaiser en séjournant dans cette station thermale reculée, à proximité de la Suisse.

Ce roman, je l’ai découvert grâce à une prof de français au lycée et est resté une de mes lecture favorite. Peut-être parce que l’auteur s’appuie sur une langue fluide parsemée de petites formules moqueuses pour donner un tour grave et malgré tout, léger à son roman. Grâce à cet équilibre habile, il esquisse les contours d’un homme en quête de repères pour supporter sa mémoire, tout comme il était, jeune, en quête d’immobilité et de racines. Et si les estivants de l’époque, ridicules et artificiels, ne sont pas tout à fait détestables, peut-être est-ce parce que le mystère qui plane donne un caractère intangible à cet été lointain. L’adaptation au cinéma de ce roman par Patrice Leconte m’avait replongé avec nostalgie et délice dans cette atmosphère…